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Avec Quách Vĩnh Thiện gardons ce Trésor.

Le continent Australien bouge au printemps, le printemps de la terre et du ciel, des fleurs multicolores s’épanouissent, exhalent un parfum suave. A Melbourne, dans l’enceinte du Temple du Fondateur de la Nation, M. Quách Vĩnh Thiện, un musicien très connu, est venu de Paris, la ville de lumière. Sa présence rend le printemps d’ici plus splendide, plus enthousiasmant.
Le printemps du cœur humain !

 

Qui est Quách Vĩnh Thiện ?
C’était un garçon qui, à l’âge de 8 ans, avait déjà la patience de remonter pièce par pièce sa propre bicyclette. A 9-10 ans, il était passionné d’art martial et de musique. Par hasard, quand il était encore élève au lycée Pétrus-Ký, il avait pu écouter un moine bouddhiste expliquer les deux mots « Existence et Inexistence ». Bien qu’il fût passionné de musique depuis son jeune âge, ses parents l’interdisaient de jouer devant le public. Mais ni l’interdiction, ni les punitions ne pouvaient arrêter l’exhortation mystérieuse de la musique dans son cœur. Et on constatait sa présence dans des rassemblements philharmoniques, il accompagnait des chanteuses célèbres telles que Thái Hằng, Thái Thanh, Thanh Thúy, Cao Thái… Au début des années 60, il créa l’orchestre Les Fanatiques qui devint bientôt très connu avec le morceau Apache. Cet écho de sa musique se propageait jusqu‘aux Clubs de l’aéroport Tân Sơn Nhất et aux grandes salles de théâtre telles que Đại Nam, Khải Hoàn, Đa Kao. A ce jour, de nombreuses personnes gardent encore en mémoire cet heureux début de sa carrière musicale.

Ces jours glorieux et mémorables semblaient interminables, malheureusement ils se refermèrent au départ du jeune homme pour ses études en France, à Bordeaux. Éloigné du pays natal et des soins intentionnés de ses parents, Quách Vĩnh Thiện devait se débrouiller seul pour survivre au pays d’accueil étranger. Il assumait de petits travaux pour subvenir à ses études. La langue Française était pour lui un obstacle non négligeable, ses petits travaux rémunérés étaient fatigants, mais la solitude sur le chemin de retour à sa demeure, tard dans la nuit froide, était encore plus effrayante. Quelle était l’influence de cette situation de sa jeunesse sur sa vie d’adulte ? C’est ce que nous allons voir.

Chaque personne née est un beau cadeau à la vie, mais avec le temps la vie change et devient différente d’une personne à une autre.

« Selon son destin, on doit affronter  vent et poussière,
« Selon son destin, on devient cultivé et heureux. (Nguyễn Du)

Nous allons voir comment ces deux vers extraits du chef-d’œuvre « KIM VAN KIEU » ont influencé sur le destin de Quách Vĩnh Thiện !?
On trouve un Quách Vĩnh Thiện ingénieur, après plusieurs années difficiles. On trouve aussi un Quách Vĩnh Thiện musicien, heureux et satisfait de sa passion musicale. Le jeune lycéen d’autrefois, ayant affronté vent et poussière depuis son départ du Vietnam, vivait loin du pays natal, traversait des hauts et des bas de la vie avec tant de souffrances. Vivant dans une ville prospère et magnifique, n’ayant reçu aucune « heureuse bénédiction », il devait seul tenir le cap de réaliser à la fois sa passion musicale et son avenir avec ses propres efforts.
Le cours de sa vie redevenait calme comme un ruisseau, l’arbre de sa vie commença à s’enraciner dans une terre étrangère, un destin l’a frappé : Quand il dépoussiérait une pile de ses vieux bouquins, il tomba par hasard sur l’œuvre « Đoạn Trường Tân Thanh » du grand poète très populaire Nguyễn Du. Le vers n° 890 de l’œuvre « Vivant sur une terre étrangère, on serait enterré dans une terre étrangère après sa mort » raviva activement son passé dans son cœur. Il éprouva une compassion profonde pour le malheureux sort du personnage Thúy Kiều, le mal du pays natal après un départ sans aucun espoir de retour. Depuis ce moment, un cordon invisible reliait solidement sa vie au contenu du vieux livre.
L’histoire du personnage Thúy Kiều évoque le mauvais sort d’une jeune fille très belle et talentueuse, dans le cadre d’une société pleine d’incertitudes, qui touche toujours profondément la sensibilité du cœur de l’homme miséricordieux comme Quách Vĩnh Thiện. Ce sentiment qui porte à plaindre et partager les maux d’autrui qui ressemblent aux siens, plongea Quách Vĩnh Thiện dans ses études approfondies de l’œuvre Đoạn Trường Tân Thanh. Et, après 5 ans de travail acharné, le long chant « Kim Vân Kiều » a vu le jour. Les 3.254 vers de 6 et 8 pieds du grand poète populaire Nguyễn Du ont été traduits par Quách Vĩnh Thiện en un long chant « Kim Vân Kiều » avec 77 morceaux de musique de différentes catégories, modernes et classiques, contenus dans 7 CD.

On peut dire que l’œuvre de Nguyễn Du a été connu au Viet-nam par la lecture, par la récitation ou comme livre de divination. Mais à travers les morceaux de musique de Quách Vĩnh Thiện, « Kim Vân Kiều » est devenu un chef-d’œuvre musical connu dans de nombreux pays du monde.
La plus précieuse impression que l’auditeur peut éprouver à travers la musique du long chant « Kim Vân Kiều » est le respect rigoureux des idées, des sentiments, de la position des mots et de l’harmonie sonore utilisés par le grand poète Nguyễn Du. Ce qui est plus merveilleux encore c’est que ce respect le plus stricte de l’œuvre originale n’affecte en rien l’écoulement harmonieux et naturel de la musique de Quách Vĩnh Thiện qui décidait de préserver, pour le Vietnam, la valeur culturelle de l’œuvre dans le monde actuel et pour les générations futures. Les générations des gens qui n’auraient plus l’œuvre de Nguyễn Du dans leurs programmes scolaires, la connaîtraient au moins sommairement, la comprendraient au moins l’essentiel, et sauraient par cœur au moins quelques versets de « Đoạn Trường Tân Thanh ». Par ailleurs, le travail de Quách Vĩnh Thiện confirme la véridicité de la parole de l’érudit Phạm Quỳnh : « Tant que l’œuvre Kim-Vân-Kiều existe, notre langue existe ; tant que notre langue existe, notre nation existe ».

Peut-être, les graines spirituelles de l’Existence et de l’Inexistence, semées dans l’esprit du jeune lycéen, sont arrivées à la maturité pour la pleine floraison. Il paraît que Quách Vĩnh Thiện jouant passionnément du clavier maintenant, est le même que le jeune lycéen remontant sa bicyclette pièce par pièce. Quách Vĩnh Thiện qui nourrissait son esprit des notions philosophiques d’Existence et d’Inexistence est le même que Quách Vĩnh Thiện qui véhicule aujourd’hui, pour soi-même et pour autrui, la notion exprimée par Nguyễn Du dans ce vers « Le mot Conscience vaut trois fois le mot Talent ».

Aujourd’hui, le 28 septembre 2013, à 14 heures, dans le temple du Fondateur de la Nation, un grand nombre d’hommes et de femmes de même empathie, de même idéologie se réunissent. Ce rassemblement est honoré par les représentants de la Communauté Australienne à Melbourne. En dehors de la présence des chanteurs et chanteuses qui animent le programme, M. Kiều Tiến Dũng, assez jeune en comparaison avec la parution de l’œuvre, prononce ses commentaires très approfondis sur l’œuvre Kim Vân Kiều sous l’œil d’un mathématicien. Quand il a terminé son discours avec le rapprochement du premier vers au 3.254e vers de Nguyễn Du, les auditeurs applaudissent avec admiration. Certainement, tous ceux qui sont présents ce soir, seront des accompagnateurs du Musicien Quách Vĩnh Thiện dans le travail de conservation, de transmission, de propagation du patrimoine encore plus loin et plus large. Heureusement, les images de ce jour mémorable ont été enregistrées par le sympathique photographe Bùi Quốc Hùng. C’est un homme de bon cœur qui arrivait et partait en silence tout en laissant derrière lui des images précieuses pour les générations futures.

Dans un cadre solennel, devant les noms et les portraits de nos héros historiques, les panaches de fumée d’encens et la lumière vacillante des bougies soulèvent en nous un sentiment sacré de culte, de mémoire, d’amour et de respect transporté par la musique vers l’esprit de nos ancêtres. Des gouttes de larmes coulent chaudement de nos yeux, nous, des enfants expatriés, obligés de vivre loin du pays natal.

Quách Vĩnh Thiện est un gardien du trésor culturel, patrimoine de l’humanité, avec son talent musical qui rassemble aujourd’hui et dans le futur des compatriotes qui admirent et continueront son travail pour participer à la protection de la nation du Vietnam. Et je me demande si ceux, qui ont pleuré le malheureux sort de la jeune femme  Thúy Kiều de jadis, savent qu'actuellement il existe encore combien de Thúy Kiều expatriées en train remplir leurs devoirs de piété filiale. Mettons-nous dans la situation de Thúy Kiều pour éprouver le sentiment douloureux devant le malheureux sort du pays. Ne nous plaignons pas du sort, donnons plutôt un coup de main à Quách Vĩnh Thiện, faisons quelque chose pour préserver notre langue et pour sauver notre pays.

Texte original en Vietnamien de Kim Phượng, le 28/09/2013.
Traduction en Français par Trần Hữu Danh, le 14/11/2013.